• Analyse filmique de "Harry Potter and The Prisoner of Azkaban"

    Voici l'analyse filmique de Harry Potter and The Chamber of Secrets (HP et Le Prisonnier d'Azkaban) faite par ma sœur Flora.

     

    Harry Potter and The Prisoner of Azkaban

    (Harry Potter et Le Prisonnier d'Azkaban)

    Realisation: Alfonso Cuaron

     

    Ce film est radicalement différent des deux précédents. C’est aussi l’épisode de l’entrée dans l’adolescence. Ce troisième opus est plus rythmé et plus noir.

    Tous ces changements se voient dès le début du film avec caméra à épaule, couleur froide et, rapidement, fuite dans la nuit pour Harry sous une lune gothique. (On pense souvent à Burton). 

    Contrairement aux deux films précédents, celui-là est vraiment centré sur les personnages et en particulier sur celui d’Harry. L’obsession de l’image du père est le sujet avec l’adolescence, la haine et la peur. On découvre une toute autre facette des personnages : Harry n’est pas qu’un pauvre petit héros au destin tragique et au grand courage. C’est aussi un ado qui a peur, qui est sombre, vindicatif et pas aimable. On est loin du héros modèle traditionnel.

    Le film gagne donc en profondeur. Surtout que Cuaron et son scénariste Steve Kloves, ont pris le parti d’enlever tout - ou presque - ce qui n’a pas trait à cela. Même l’histoire de l’évadé Sirius Black est reléguée au second plan. C’est une des libertés que le réalisateur a prises. Epuration de l’histoire au profit du climat, de la tension et des personnages. Harry est d’ailleurs de toutes les scènes et on le voit souvent au centre comme lors du cours de défense contre les forces du mal. La caméra tourne autour de lui. 

    Cuaron aère aussi le bouquin, délaissant le château et la description des événements internes à Hogwarts au profit de scènes en extérieurs et décors naturels où apparaissent créatures gracieuses, gothiques ou effrayantes. 

    Il prend aussi des libertés vestimentaires : pour affronter les détraqueurs et échapper à un loup garou, le jean et les baskets, c’est mieux. Cela donne un ton particulier et assez plaisant. 

    Ce film est en effet intéressant pour son atmosphère. Déjà l’idée des couleurs froides et de l’imagerie expressionniste à grand renfort de clair/obscure rend le tout plus inquiétant. Ensuite, le fait que Cuaron film le quotidien et installe une routine ronronnante ne fait que rendre les attaques ou les créatures qui rôdes plus effrayants et plus marquant. Il instaure une impression d’«inquiétante étrangeté »* ce qui fait encore penser à Burton. Ici règne ombres, fantômes, un monde lisse de masques et d’apparitions qui renouent avec l’essence même du conte. 

    L’étrange est un mot qui sied bien à ce film et l’atmosphère est aussi créée par un bestiaire impressionnant : il y a des animaux de toutes sortes et partout. Crapaud, chat, rat, chouette et hiboux, girafe, serpent, chien, hippopotame, corbeau….Ils sont dans les tableaux dans les salles, ou dans la nature…ils sont même en cri, au début quand Harry et ses amis mangent des bonbons : lions, éléphant, singe….il y en a plus que dans un film de Browning.

    Ces animaux ont bien sûr une fonction…cela fait figure de décors et participe à l’environnement et à l’atmosphère. Cuaron les utilise pour confronter le vrai et le faux. Certains animaux sont vrais (chouette, chat..) et d’autres pas (oiseau en papier). Certains existent réellement et d’autres sont le produit de l’imagination de l’auteur (hippogriffe) ou de l’équipe du film (oiseau en papier). Certains sont bel et bien des animaux (chat, chouette…) d’autres non (rat, chien) et ainsi de suite. Cette notion de vrai/faux brouillée annonce évidemment la fin avec Sirius (good ou bad guy ???) mais le fait de façon détournée, subtile. Tout comme ces plans sur les horloges et le balancier dans le hall annonce le retour en arrière. 

    Ce bestiaire marque la figure du monstre. Il y a beaucoup de chimères dans ce film ; dans l’antiquité et au  Moyen-Âge, elles étaient une grande figure de monstre. Cela me fait penser à Freaks de Browning quand Cléo, à la fin, est transformée en femme poule. Le cinéma de Browning est fait de monstres, de fêtes foraines et d’animaux…on peut donc y voir là une référence. D’ailleurs, comme autre référence à Browning, je trouve que Trelawney parle exactement comme Bela Lugosi dans Dracula (1931). Le monstre intervient aussi dès le début avec une femme montgolfière et un bossu. Sans parler des têtes miniatures…Autre détail troublant : quand Harry va se faire « emmené » par Hermione alors qu’elle est sur une branche du saule cogneur, il y a un regard caméra. On dirait vraiment que Radcliffe nous regarde.

    Comme dans les deux premiers films, certains animaux sont effrayants et on pense encore aux cabinets de curiosité (l’animal qui dépasse d’une coquille d’œuf chez Hagrid). 

    On peut aussi noter un hommage au début du cinéma avec un projecteur archaïque qu’utilise Rogue pour montrer des images (sur un écran sortit de nulle part) de monstres (belle déviation de l’Homme de Vitruve De Vinci). 

    Ce qui frappe aussi dans ce film, c’est l’interdiction, le verrou. On ne nous donne que très peu d’information. On en sait autant que le héros. Nous découvrons avec lui. Mais on n’a pas le droit d’entendre certaines choses. L’accès est interdit, obstrué. Il y a beaucoup de portes. Il y a ce plan en grand angle où l’on voit la porte du château se verrouiller. C’est évident dès la première partie du film. Harry n’a pas le droit de se promener sur le chemin de traverse et dans le train, il dit à Hermione et Ron qu’il a quelque chose à dire et là, il ferme la porte sur nous. On reste dehors.  Hermione et Ron ne peuvent rentrer aux Trois Balais. La porte se referme sur eux. Harry doit lutter et enfreindre les règles pour comprendre ce qui se passe. 

    Au niveau de la réalisation, ce film n’est pas très découpé par rapport aux deux premiers. Il est en revanche plus rythmé avec notamment des plans filmés caméra à épaule. Il y a beaucoup de fluidité dans la manière de filmer. Les séquences s’enchaînent bien. La caméra épouse le regard du héros, ou s’accorde avec l’action, le trajet que font les personnages. Par exemple, lors du retour dans le temps, Harry et Hermione quittent l’infirmerie pour aller chez Hagrid. La caméra les suit dans le couloir en travelling avant, puis continue en passant par les rouages de l’horloge, pour continuer à les suivre en travelling avant d’avoir un plan fixe et a hauteur d’enfant sur le pont. Et bien, à la fin, quand ils reviennent à l’infirmerie, ils refont le même trajet à l’envers. La caméra fait de même. Plan fixe sur le pont puis, sur la cour et rentrée par l’horloge puis les rouages en travelling arrière où on retrouve nos héros dans le couloir. 

    Cuaron apporte également une touche personnelle très intéressante en brisant les règles du champ/contre-champ. Normalement, le second précède immédiatement le premier mais là ce n’est pas le cas. Nous avons trois champs et les contre-champs ne viendront qu’une vingtaine de minutes plus tard à la faveur d’un retour dans le temps, ce qui donne la plus belle scène du film, celle du patronus, en résolvant les questions posées par les champs : Buck vivant ou mort ? Sirius méchant ou gentil ? Potter père ou fils ? Comblant les fissures du champ et du hors-champ, le réalisateur fait de cette superbe séquence finale l’épicentre de son film, jeu de miroir où un plan répond à l’autre pour en déplier toutes les potentialités d’inversion.

    D’ailleurs si l’influence de Burton est évidente, On sent que Cuaron prend plaisir à faire bondir son récit par le mouvement alors qu’à l’opposé, Chris Colombus se complaisait dans un figement descriptif.

    La réussite du film tient de là : l’équilibre trouvé entre naïveté et sophistication, archaïsme du conte et déluge des effets. 

    Bref un film baroque, à la mise en scène admirable de fluidité, avec le plaisir du conte retrouvé et qui contrebalance parfaitement avec les effets et les signes du genre blockbuster.

     

     * « L’inquiétante étrangeté » (Unheimliche en allemand) est un essai de Sigmund Freud sur ce qui n’appartient pas à la maison et pourtant y demeure. En fait l’idée est que l’étrange, et l’inquiétant de ce que l’on connaît bien ; Ca sort du quotidien. Unheimliche peut être aussi traduit par l’insolite.

    De nombreux cinéastes ont lu Freud, notamment ses contemporains comme Tod Browning. Mais aussi les successeurs de celui-ci : Tim Burton, David Lynch ou le français Georges Franju.

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