• Harry Potter : la dissociation et les effets miroir Par Flora Ondet

    Une analyse psychologique du héro de la saga de J. K. Rowling par ma soeur Flora.

     

    Harry Potter : la dissociation et les effets miroir

    De Flora Ondet

     

    Les livres Harry Potter regorgent d’idées parfois noires et complexes voire tordues et les personnages qui composent cette histoire ne le sont pas moins. Les films essaient de reprendre ça. 

    Il y a une certaine schizophrénie dans cette saga et elle se manifeste par plusieurs moyens et surtout par le biais d’Harry et de Voldemort.

    La dissociation est vraiment omniprésente et le personnage principal lui-même est le premier à en souffrir. Il est double. L’idée est que son ennemi c’est lui. C’est pour cela que ses ressemblances avec Voldemort sont aussi mises en évidence.

    Cela se remarque notamment par pléthore d’effets miroir dans les livres mais aussi dans les films. Aucun des réalisateurs n’est passé à côté et cela prouve en partie son importance. 

    En effet, le miroir en lui-même, quel qu’il soit est le symbole du double. Quiconque se voit dedans se multiplie.

    L’histoire des Harry Potter commence par un miroir. Celui de Risèd. Cette scène est très importante. Elle nous indique comment lire ou voir tout le reste de la saga. Cette séquence est d’ailleurs la plus importante du premier film. Harry regarde dans ce miroir et voit ses parents (filiation et image du père installé) et lui-même au centre. C’est la première fois qu’il se dédouble et ce n’est pas la dernière. La dissociation  débute là. Elle ne se poursuit pas trop dans ce premier épisode bien qu’à la fin, il se dédouble encore par le biais de ce même objet.

    Dans le deuxième opus, le miroir prend toute son ampleur et son importance. C’est notamment grâce aux reflets de l’eau que Miss Teigne est tétanisée et non morte. Pareil pour Hermione qui a utilisé un petit miroir. A la fin quand Harry assemble tout les morceaux du puzzle qui lui permettra d’aller sauver Ginny, il regarde vers une fenêtre et on aperçoit son reflet.

    Cependant, c’est dans le troisième film que ces effets sont les plus réussis et qu’ils annoncent clairement la dissociation. Tout d’abord dans le train, quand il se réveil après s’être évanoui, il discute puis se regarde dans la vitre. Là son image est brouillée par la pluie dans une belle transition en fondu enchaîné. Il y a exactement le même effet quand il se voit sur la surface du lac qu’il survole à dos d’hippogriffe. Son reflet est brouillé. Il se dissocie. Son double n’est pas tout à fait comme lui. Il est plus inquiétant. Cela renforce l’ambiguïté du personnage.

    Le troisième est très frappant et indique que « l’autre » est quelqu’un d’inquiétant et d’effrayant. Harry va se promener la nuit avec sa carte du maraudeur et au bout d’un moment, sa baguette, qui est son unique point de lumière, se tourne vers un miroir et il se voit. Comment réagit-il alors ? Il sursaute. Il a peur. Bien sûr, il ne s’y attendait pas mais cela peut  s’interpréter autrement. N’oublions pas non plus le retour en arrière qui le dédouble pour de bon et les plans qui se répètent et se répondent en miroir lorsqu’il va sauver tout le monde avec Hermione. La dissociation est donc plus prononcée ici que lors des deux premiers. En effet, plus les livres (et les films donc) avancent et plus cette idée est prégnante même si dans la quatrième aventure, il y a moins d’effets miroir (Ils réapparaîtront dans les autres livres notamment avec le miroir que donne Sirius à Harry dans le 5ème tome). 

    C’est que le double intervient de différentes façons. Miroir ou pas, le personnage principal ne cesse de se dédoubler offrant différentes facettes de lui-même. En fait, toute cette idée réside déjà dans le sujet même de la saga : l’obsession de l’image du père avec d’un côté la bonne figure paternelle qu’est Dumbledore et, de l’autre, la mauvaise figure qu’incarne Voldemort.

    Deux figures qui sont importantes pour Harry qui est un orphelin. Son problème est qu’il est beaucoup plus proche de la mauvaise que de la bonne. Cela est appuyé dès le second tome où il est beaucoup question de ses ressemblances avec Voldemort. Ils ont tous les deux les cheveux noirs corbeaux, sont plutôt maigre, ont grandi sans parents, ont du sang moldu et parlent le fourchelang et se foutent pas mal des règlements. Cela fait déjà beaucoup mais ce n’est qu’un début. Il faut ajouter qu’ils ont une plume du même phénix dans leurs baguettes qui sont donc soeurs. N’oublions pas non plus les traits de caractères. Harry est sombre, très vindicatif et parfois violent tout comme son ennemi. Puis il y a aussi la célébrité et le fait qu’ils aient tous deux des admirateurs, des partisans et des détracteurs. Cela fait quand même énormément de points communs. 

    Ce n’est pas fini. Cela va beaucoup plus loin. L’idée que Voldemort et Harry sont des alter ego et sont pareils se manifeste par des faits qui tendent à les rapprocher. Tout d’abord dans le quatrième opus, pour revenir pour de bon, Voldemort doit prélever du sang d'Harry. Cela lui permet de casser la protection de Lily Potter envers son fils. Le message est clair : « c’est le même sang qui coule dans nos veines ! Tu es moi et je suis toi ». Dans le cinquième tome, Harry et Voldemort vont même jusqu’à partager sentiments et corps ! Ils sont toujours en interaction.

    « L’ennemi c’est moi ». C’est valable pour Harry et pour Voldemort. Dumbledore ne cesse-t-il pas de répéter que c’est le second qui a choisi et même fait du premier son ennemi ? 

    Voldemort a fabriqué Harry tel qu’il est aujourd’hui. Il en a fait son alter ego, son ennemi et son double. La dissociation, cela fait encore un point qu’ils partagent. Cela affecte leurs visions des choses, leurs comportements vis-à-vis des autres. Il est utile de noter qu'Harry n’est pas forcément bon envers ses congénères. Il peut passer du jeune héros adolescent courageux et un peu perdu à bourreau (Il tue Quirrell, puis l’image de Voldemort avec beaucoup de sang-froid). Il peut céder à son désir de vengeance. C’est ce qu’il commence à faire à la fin du troisième en sautant sur Sirius. Cela se voit particulièrement dans le film, il y a quelque chose de dangereux, presque d’animal qui se dégage de lui.

    La schizophrénie est donc bien présente dans la saga. Harry et Voldemort sont deux personnages dissociés qui ne font qu’un. Ils sont chacun l’ennemi de l’autre et leur propre ennemi en même temps. Quand Harry tuera Voldemort, il tuera une partie de lui-même avec. Cette constatation appelle un autre thème : le désir de parricide, Voldemort étant la mauvaise figure du père. Il faut qu’il s’en débarrasse pour pouvoir être lui-même, un adulte indépendant. Devant aussi se défaire de la bonne figure pour y arriver, il était donc logique que Dumbledore meure dans le sixième tome. C’est un voyage initiatique que Harry parviendra à finir quand son « deuxième père » et son « deuxième lui » seront morts. Tout cela si Harry lui-même survit bien entendu.

    « Analyse filmique de "Harry Potter and The Prisoner of Azkaban"Harry Potter par Freud »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks

    Tags Tags : , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :