• Harry Potter par Freud

    Une nouvelle analyse psychologique d'Harry Potter écrite par ma sœur Flora.

     

    Harry Potter par Freud

    De Flora Ondet

     

    Petit retour au double. Je sais j’ai déjà écrit sur la dissociation et donc vu que Harry et Voldemort étaient légèrement schizophrènes. Mais je vais en reparler non pas par les films et les effets miroir, mais par le biais du texte L’inquiétante Étrangeté de Freud. J’ai déjà mentionné cet essai qui parle de l’angoisse et de l’inquiétant qui surgit du quotidien, de « la maison ». Le double est un motif de l’étrangement inquiétant. Ce sentiment, est, du reste présent dans toute l’œuvre de J. K. Rowling. J’évoquerai par la suite la schizophrénie et la névrose qui provoquent ce sentiment. 

    Freud écrit que « le motif du double dans toutes ses gradations et spécifications, c’est-à-dire de la mise en scène de personnages qui, du fait de leur apparence semblable, sont forcément tenus pour identiques, de l’intensification de ce rapport par la transmission immédiate de processus psychiques de l’un de ces personnages à l’autre - ce que nous nommerions télépathie - de sorte que l’un participe au savoir, aux sentiments et aux expériences de l’autre, de l’identification à une autre personne, de sorte qu’on ne sait plus à quoi s’en tenir quant au Moi propre ou qu’on met le Moi étranger à la place du Moi propre - donc dédoublement du Moi, division du Moi, permutation du Moi – et enfin du retour permanent du même, de la répétition des mêmes traits de visages, caractères, destins, actes criminels, voire des noms à travers plusieurs générations. »[a] 

    Cet extrait est intéressant à plus d’un titre. Déjà pour la ressemblance physique. Je l’ai déjà énumérée. Ils ne sont certes pas tenus pour identiques pour les autres personnages mais pour nous lecteurs la « permutation du Moi » est évidente. Comme le dit Voldemort dans le second bouquin : « il y a une étrange ressemblance entre nous, Harry Potter. Même toi tu as dû le remarquer. Nous avons tous les deux du sang moldu, nous sommes tous les deux orphelins, élevés par des Moldus. Et probablement les deux seuls élèves de Poudlard qui n'aient jamais parlé fourchelang depuis le temps du grand Serpentard lui-même. Même physiquement nous nous ressemblons.[b] » Harry est troublé de cette ressemblance tant physique que psychique.  D’ailleurs c’est surtout sur les « processus psychiques » que la dualité se fait sentir. « L’un participe au savoir, aux sentiments, et aux expériences de l’autre. » Harry ressent ce que Voldemort ressent par l’intermédiaire de sa cicatrice et il sait que c’est vrai. Dans L’ordre du phénix, il est capable de dire si son ennemi est en colère ou heureux.

    « Ça me fait mal car il est….en colère. Harry n’avait eu aucune intention de dire cela et il entendit ses propres paroles comme si un étranger les avait prononcées. Pourtant il savait qu’elles étaient vraies.

    - (Ron) tu parviens à lire les pensées de Tu-Sais-Qui!

    - Non. C’est plutôt…son humeur, j’imagine »[c]

    Ce lien est particulier. On peut le prendre comme la sorte de télépathie dont parle Freud. Ce partage est si troublant que Harry ne sait pas très bien où il en est. Il évoque même la confusion : « la confusion, c’était le mot qui convenait »[d]. Le double va de pair avec la répétition qui occasionne aussi le sentiment d’inquiétante étrangeté. « Même traits de visages, caractères, destins, actes criminels voire des noms. » Là c’est évident. Harry et Voldemort, non seulement se ressemblent, mais question destin ils sont aussi proches puisque c’est le même c’est-à-dire tuer l’autre. Ils ont aussi tué tous les deux. Quant au nom, il suffit de voir que Voldemort est un ‘Junior’ et que le deuxième prénom de Harry est James, le prénom de son père.

    Ce dédoublement altère aussi le physique puisque dans le cinquième livre Harry et Voldemort vont jusqu’à partager le même corps lors de cauchemars du premier. N’oublions pas non plus Voldemort qui par peur de la mort fait des horcruxes pour diviser son âme! Là c’est à l’origine même du double que ça fait écho. Car il était « une assurance contre la disparition du Moi, un ‘démenti énergique de la puissance de la mort’, et il est probable que l’âme ‘immortelle’ a été le premier double du corps. »[e] Tout cela annonce deux autres choses qui sont aussi présentes dans le l’œuvre : non seulement la schizophrénie mais aussi la névrose. 

    Pour traiter ces deux sujets je partirai de la définition encyclopédique de ces deux termes puis j’examinerai comment se manifestent ces tendances.

    Névrose : origine psychique ou psychosomatique. Peut résulter de trouble de l’affectivité ou de la conscience morale, de sexualité, mais peut avoir aussi des causes endocriniennes, humorales, infectieuses, toxiques (alcool, médicaments…). Elle traduit un déséquilibre du dynamisme nerveux.[f]  

    C’est surtout du trouble de l’affectivité (que l’on retrouve chez le schizophrène) et de la conscience morale qui nous intéresse ici. Harry a déjà tué, et à plusieurs reprises, vraiment souhaiter la mort de quelqu’un ou même la sienne comme à la fin du sixième tome quand il se bat contre Rogue.  Sa conscience morale est assez malmenée dans les livres.

    Quant à son trouble affectif, il est évident. Harry Potter n’est pas un être qui a connu beaucoup d’affection. Durant son enfance il n’en a même connue aucune. Il a grandi dans la haine de lui-même et des autres. La première fois que quelqu’un montre de l’affection pour lui, l’apprécie, il a déjà 11 ans. Ce manque se ressent dans sa manière d’aborder les gens, de se comporter avec eux. Il est plutôt introverti et il lui arrive d’être virulent, insolent voire blessant dans ses propos. L’évocation de ses parents est un sujet délicat tout comme sa ressemblance avec Voldemort. Quand Hermione tente de lui rappeler - à la fin du troisième film - que son père est mort, Harry lui coupe la parole sèchement :

    « - Harry you’re father is… 

    - Dead! I know ! »   

    Névrose d’angoisse : prédomine une angoisse intense caractérisée par l’idée d’un danger à venir et se manifestant par des ‘idées noires’, des inquiétudes, une anxiété se répétant à tout propos et restreignant très rapidement le champ d’activité du sujet. Ces états d’angoisse se manifestent par une hyperémotivité ou par des crises soudaines ou le malade redoute la folie, la mort.[g]  

    La folie et la mort sont présentes dans l’œuvre. Quand dans le cinq, Harry croit être possédé par Voldemort et être l’arme de celui-ci c’est bien de cela dont il s’agit. Refusant d’en parler avec les autres, il les fuit. Il s’isole dans une pièce du manoir des Black. Ce comportement est irrationnel comme le lui dira Ginny. Cela va de pair avec l’hystérie. En effet, Harry somatise beaucoup. Il a des sortes de visions qui lui font avoir un comportement irrationnel là encore, et proche de l’hystérie quand il croit que Sirius est en train de mourir au ministère par exemple et qu’il hurle son angoisse. Il est incapable de réfléchir. Comportement qui tranche singulièrement avec celui qu’il aura au ministère, où, alors que la bande est entourée de mangemorts, Harry gardera son sang-froid et parviendra à faire fuir tout le monde avec une brillante idée. Là encore on a droit à deux facettes d'Harry. Le double, la schizophrénie est justement le prochain point. 

    Schizophrénie : désigne l’ensemble des états mentaux pathologiques dont la caractéristique essentielle et évolutive est la dissociation progressive des éléments constitutifs de la personnalité et des fonctions psychiques avec comme corollaire une perte de contact avec la réalité et une tendance croissante à l’inadaptation au milieu.  

    Troubles : tendance à se perdre dans un monde imaginaire alimenté par une pensée perturbée, développement d’idées délirantes et incohérentes et des hallucinations. L’affectivité subit aussi de profondes perturbations (détachement, indifférence, étrangeté des sentiments) ainsi que le comportement (paradoxal, discordant et inadapté).[h]  

    Il n’est pas question de dire que Harry est totalement schizophrène tout comme il n’est pas complètement névrosé. Cependant, Harry en possède quelques symptômes. Tout d’abord la dissociation et la permutation du Moi, avec tous les troubles – déjà évoqués plus haut - qu’ils entraînent. Harry perd plusieurs fois « contact avec la réalité » et est totalement inadapté. Une inadaptation tout d’abord au monde de la magie puis au monde tout court ce qui est logique et compréhensible vu le peu qu’il a vécu pendant son enfance. Pas d’affection donc, mais aussi pas de contact sinon haineux ou violent, personne à qui parler, se confier, à tel point qu’il en vient à se lier avec un animal (un serpent) pour enfin parler normalement et être ébahit devant une simple lettre comme on le serait devant le Saint Graal.  

    L’étrangeté du comportement et des sentiments est parfois d’ordre schizophrénique comme cette incapacité à se sentir coupable après un meurtre. Après avoir tué Quirrell, Harry ne ressent rien de particulier. Il ne regrette pas, ne se sent pas mal dans sa peau alors qu’il vient de perdre son innocence d’enfant, il ne gamberge pas. Certes, on se dit que Quirrell était le pantin de Voldemort et nous ne sommes pas plus désolés pour lui qu'Harry. Cependant un professeur est mort par les mains même du héros et celui-ci n’a pas un comportement normal pour un enfant de cet âge, surtout après un tel acte. « Détachement, indifférence, étrangeté des sentiments », plus d’une fois dans les six tomes Harry a manifesté cela.  

    Il y a une autre chose dans la névrose qui peut être rattaché à ces bouquins et dont Freud parle. C’est le rapport entre rêve et réalité, et cela a trait à la magie. Ce rapport entraîne ce sentiment étrangement inquiétant.  

    « Un effet d’inquiétante étrangeté se produit souvent et aisément quand la frontière entre fantaisie et réalité se trouve effacée, quand se présente à nous comme réel quelque chose que nous avions jusque-là considéré comme fantastique, quand un symbole revêt toute l’efficience et toute la signification du symbolisé et d’autres choses du même genre. C’est là-dessus que repose également une bonne part de l’inquiétante étrangeté inhérente aux pratiques magiques. Ce qu’il y a d’infantile là-dedans, et qui domine aussi la vie psychique des névrosées, c’est l’accentuation excessive de la réalité psychique par rapport à la réalité matérielle, trait qui se rattache à la toute-puissance des pensées. »[i]  

    Ce sentiment d’inquiétante étrangeté n’est-ce pas celui éprouvé par Harry lorsqu’il parvient à faire disparaître la vitre au zoo ou encore quand un demi-géant vient lui dire qu’il est un sorcier ? A ce moment se présente à lui une chose qu’il croyait «fantastique », même inexistant (« There’s no such thing as magic ! » ‘La magie ça n’existe pas’ lui dis son oncle dans le premier film) et qui pourtant s’avère être bien réel. Il est un sorcier.  

    Dans cet extrait se trouve aussi la source de la peur des Moldus envers les sorciers. Ils sont mal à l’aise et préfèrent ne pas en entendre parler car le fait que ce soit réel leur provoque ce sentiment d’étrangement inquiétant.  

    Il n’est donc pas question ici de dire qu'Harry Potter est schizophrène et névrosé, qu’il peut être considéré comme fou ou quelque chose de la sorte. Il est surtout question de voir que l’œuvre de J. K. Rowling emprunte à la psychanalyse. Je ne sais pas si elle a lu Freud ou si elle s’est intéressée de près à la psychanalyse mais elle s’en approche par certains aspects dans son écriture et description des personnages, sentiments et événements. Cela est vraiment intéressant et appelle à la curiosité.


    [a] Extrait de « L’inquiétante étrangeté » essai paru dans les Essais de psychanalyse appliquée de Sigmund Freud, Gallimard, coll. Les Essais, 1933. Gallimard, Paris, 1985 pour la présente édition et les notes. L’inquiétante étrangeté et autres essais, (avec la trad. De 1985 et les notes) Folio, Paris, 1988, pp. 236.  

    [b] Harry Potter et la Chambre des secrets, édition de poche Folio junior, Gallimard Jeunesse, 1999, pp 332-333.  

    [c] Harry Potter et l’Ordre du phénix, édition Gallimard jeunesse, 2003, pp 431-432.

    [d] Ibid. p 434.

    [e] Extrait de « L’inquiétante étrangeté » de Freud, pp236-237 ; ‘démenti….mort’ de O. Rank, Le Double, 1914. 

    [f] Définition de l’encyclopédie Axis.

    [g] Ibid.

    [h] Ibid. p2. 

    [i] « L’inquiétante étrangeté », extrait de L’inquiétante étrangeté et autres essais, Folio, 1988, p251.

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